« Interview-portrait » Radio Club Altitude 26/3/13 avec Alexandra Chaintreul

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Pour commencer est-ce que vous pouvez vous présenter à nos auditeurs et nous dire d’où vous êtes originaire ?

Je suis née en Allemagne pas loin de Koblenz en Rhénanie-Palatinat. J’ai ensuite vécu à Düsseldorf pendant mes études de musique. J’ai toujours voulu vivre dans un autre pays, et puis j’ai rencontré mon mari que j’ai rejoint en 1999 à Lyon. Depuis 2000 nous habitons à Charnay-lès-Mâcon.

Ça fait combien de temps que vous jouez du piano et que vous faites du chant lyrique?

J’ai pris mes premiers cours de piano à 7 ans. Il faut dire que je suis née dans une famille musicienne avec un père organiste et chef de chœur et une maman choriste (de tout son cœur). Mon frère, qui a 7 ans de plus que moi, jouait déjà du piano et de l’orgue, puis plus tard il a appris le hautbois et le clavecin. Dans cet « environnement » musical, j’ai tout naturellement appris la musique, en commençant par le piano.

En revanche, je n’ai débuté les cours de chant lyrique que bien plus tard – à 17 ans, au moment où j’avais pris goût au chant lyrique et où on m’a proposé d’intégrer des chœurs professionnels. Là, une formation de technique vocale était obligatoire, car je participais aux tournées et enregistrements.

Qu’est-ce qui vous a amenée au piano plutôt qu’à un autre instrument ?

En fait, j’ai joué de plusieurs instruments étant jeune : le premier instrument que j’ai eu dans les mains était une flûte à bec baroque – à cette époque, je baignais surtout dans la musique baroque sacrée. Cela m’a permis de me familiariser rapidement avec les notes et de jouer des mélodies. Puis, j’ai commencé le piano à 7 ans, et à 12 ans, j’ai pris des cours de violon, instrument dont j’ai joué pendant plusieurs années, notamment en orchestre.

Dans notre maison, il y avait beaucoup d’instruments et on touchait un peu à tous : il y avait une guitare, un orgue, un hautbois, plusieurs sortes de flûtes, et même des instruments moins courants comme l’harmonium ou une cithare, mais finalement, c’est le piano qui m’a le mieux convenu.

Je pense que je voyais – et je vois toujours – le piano comme un instrument « universel, complet » : il me permet de jouer avec d’autres musiciens, avec toutes sortes d’instruments, au sein de formations très variées, incluant la voix, mais aussi dans des associations plus rares et surprenantes, avec harpe ou percussion, par exemple. Je vous laisse imaginer toutes les combinaisons possibles, car le nombre de morceaux pour piano ou avec piano est immense !

Puis, quand on pense aux élèves de piano : ils se font souvent le plaisir de jouer à l’oreille leurs chansons écoutées à la radio ! Et puis, il y en a qui improvisent sur cet instrument et qui mettent toutes leurs idées et émotions dans ce qu’ils jouent…

Vous êtes également chanteuse lyrique. Est-ce que vous chantez seule, ou plutôt dans des ensembles ou des duos ?

J’ai chanté pendant longtemps dans des ensembles, puis, au fur et à mesure que j’ai travaillé ma voix, je me suis aperçue que c’était également un régal de chanter en tant que soliste. J’ai participé, par exemple, à des projets très intéressants avec accordéon, instrument qui se marie très bien avec la voix. J’ai aussi pris part à plusieurs spectacles de l’Atelier Lyrique du conservatoire de Mâcon.

Actuellement, nous sommes en train de préparer un spectacle au centre de la Voix avec un acteur…Affaire à suivre.

Vous êtes autodidacte ou est-ce que vous avez suivi une formation particulière pour apprendre tout ça ?

Non non, je ne suis pas complètement autodidacte, même si on travaille toute sa vie seul devant son instrument en cherchant des astuces pour progresser plus vite….

D’ailleurs, je ne pense pas qu’on puisse devenir professeur en se contentant de rester autodidacte. Personnellement, je suis toujours soucieuse d’être bien formée et d’appuyer mon enseignement sur des connaissances et des références… En ce qui concerne la voix, on est certes toujours en formation, mais j’essaie d’être très vigilante car la voix reste un instrument très particulier et fragile.

Alors pour chaque activité que je propose comme le piano, le chant ou le travail avec des autistes, soit j’ai obtenu un diplôme soit j’ai au moins suivi une formation spécialisée ou une formation est en cours, comme actuellement pour le chant en complément thérapeutique.

J’ai fait des études au conservatoire supérieur de musique de Düsseldorf – la « Robert-Schumann Musikhochschule ». Ce diplôme allemand me permet de travailler dans les conservatoires français comme professeur d’enseignement artistique.

Pendant les cinq années d’études nécessaires pour devenir professeur de piano, on apprend à travailler avec toutes sortes de publics, des élèves de très jeune âge (vers 4 ans) jusqu’aux adultes voir seniors. La formation est très bien faite et je suis vraiment contente d’avoir appris tout ça, parce que ces études m’ont permis d’avoir de solides bases pour tout ce que je propose aujourd’hui.

Quand je suis arrivée en France, je me suis adressée tout de suite au conservatoire de Mâcon et j’ai travaillé avec le ténor Jan-Marc Bruin jusqu’à l’obtention de la Médaille d’Or et le Diplôme d’études musicales avec mention très bien en 2009.

Depuis, je poursuis ma formation au centre de la Voix Rhône-Alpes à Lyon, où je suis l’élève de la directrice et de la soprano Isabelle Eschenbrenner. Elle m’a donné le goût de devenir professeur de chant, et elle m’a toujours motivé pour faire des stages. Il est vrai que j’ai déjà fait des études pédagogiques concernant l’enseignement du piano, ce qui aide énormément !

J’ai également travaillé lors de masterclass avec différentes personnes, j’ai écouté des professeurs dans des conservatoires, et puis je me suis lancée et j’ai beaucoup appris en donnant des cours. Au bout du compte, c’est en apprenant aux autres et en travaillant avec des personnes en difficultés qu’on apprend le mieux. Mais il faut être compétent, c’est le plus important pour moi et je cherche à l’être.

Finalement, je m’épanouis autant que les élèves et c’est aujourd’hui un énorme plaisir de les faire progresser ! Je suis professeur de tout mon cœur et ce métier que j’avais déjà choisi à 15 ans me passionne toujours !

Aujourd’hui, en plus de votre carrière artistique, vous proposez des cours de chant thérapeutique. Vous pouvez nous expliquer en quoi cela consiste ?

Je tiens d’abord à préciser que le chant thérapeutique que je propose actuellement est un complément aux séances orthophoniques – si il y en a. J’ajoute que je ne suis ni médecin et ni orthophoniste et que mes cours ne peuvent pas remplacer le diagnostic du médecin, ni remédier aux problèmes qui doivent être traités que par le médecin !

De temps en temps, je rencontre des choristes ou chanteurs amateurs avec des difficultés vocales : c’est là que je me suis demandé comment aider ces personnes.

Par mon expérience et de mon point de vue de professeur de chant, je peux vous dire que, par exemple, si on est choriste ou chanteur amateur, le fait de travailler avec un professeur qui guide permet d’acquérir une bonne technique vocale saine : il s’agit avant tout de ne pas forcer, de chercher et de trouver l’équilibre entre l’émission du son et la respiration, de sentir le contact avec son propre corps afin de trouver à terme son propre timbre naturel.

Les problèmes vocaux peuvent avoir différentes origines : parfois on force sur la voix et elle est trop tendue, ou bien on respire mal et on manque de soutien. Ces problèmes se rencontrent aussi bien en chantant qu’en parlant. D’ailleurs, certains enseignants ont la voix qui se fatigue rapidement, et les personnes souffrant de bégaiement ont souvent du mal à maîtriser leur respiration.

A propos du bégaiement : Très récemment, j’ai vu dans l’émission « The Voice » un chanteur qui était bègue : la manière dont il maîtrisait sa voix était impressionnante, on entendait qu’il avait eu des cours de technique vocale. Cela m’a convaincue d’aller dans cette direction et d’aider les personnes qui souffrent véritablement de leur handicap, mais ne bégaient pas en chantant.

Pour tous ces cas très différents, je propose des exercices adaptés en mettant l’accent sur la posture, les techniques de relaxation, les exercices de respiration abdominale, l’étude de l’articulation, de la voix parlée et chantée. Les exercices traitent vraiment des problèmes spécifiques et fortifient la voix : mieux on se sert de sa voix, plus elle est tonique ! Et plus elle « tient le coup » !

Pour l’instant, je suis en début de formation, je suis des stages au Centre de la Voix et à l’université de Lyon, qui touchent à la phoniatrie. Je lis également beaucoup sur le sujet.

Curieuse de nature, je me forme constamment et je contacterai encore des personnes compétentes qui peuvent m’apprendre à rééduquer la voix – sujet quand même très délicat.

Et je le redis, je n’hésiterai ni à envoyer les personnes chez un médecin, ni à demander conseil.

Vous donnez également des cours de piano et de chant lyrique. A qui s’adressent ces cours ?

Les cours de piano s’adressent à tous : enfants – même de très jeune âge (4-5 ans), ados, adultes et même seniors. Les seniors sont tellement actifs aujourd’hui qu’il y en a qui se « lancent » dans l’apprentissage du piano, ou qui reprennent le piano, et c’est justement LE moment où on est disponible.

Le chant lyrique s’apprend généralement plus tard, donc mes cours s’adressent plutôt aux adultes amateurs et aux choristes.

De toute façon, je prends les élèves à zéro et je les conduis selon leurs souhaits jusqu’au niveau qu’ils peuvent atteindre…

Vous faites aussi un atelier de Formation Musicale pour chanteurs, vous pouvez nous en dire plus là-dessus ? 

À la rentrée 2013, j’ai mis en place une « Formation Musicale pour chanteurs solistes et choristes » – projet que j’ai depuis un certain temps déjà.

Je me suis rendu compte que souvent les chanteurs ne jouent pas d’un instrument. Leurs partitions sont parfois au-delà de leurs « compétences solfégiques » et ils ont du mal à coordonner la voix, les notes et le TEXTE qui peut même être dans une autre langue ! C’est d’ailleurs, la spécificité du chanteur !

Ce cours me fait particulièrement plaisir, car étant à la fois pianiste, soprano, ancienne choriste professionnelle, je voulais « marier » mes connaissances, mes compétences et mes expériences dans un seul cours.

Concrètement, il y a jusqu’à 8 élèves dans le groupe, ce qui permet un travail adapté aux besoins de chacun et en inter–activité en groupe. Chaque élève peut apporter la partition avec laquelle il rencontre des difficultés, et les autres en profitent également.

Ce cours contient le travail « traditionnel » du solfège, du rythme, la lecture de notes, un peu d’écriture. Il y a également une partie consacrée à l’application pratique au piano de ce que l’on a appris en théorie, et une partie consacrée au travail vocal en prenant pour point de départ la question suivante : comment échauffer sa voix tout seul?

Juste pour dire : je trouve que l’application au piano est pour moi particulièrement importante, même pour ceux qui ne jouent pas de piano, car cela permet à chacun d’avoir quelques bases qui peuvent ensuite être très utiles pour apprendre sa propre partie de chant. De plus, l’apprentissage se fait bien naturellement en pratiquant. Quand on est adulte, on n’a pas de temps à perdre et il faut que l’apprentissage soit efficace !

En général, je donne des outils pour travailler d’une façon autonome, car il y a aussi des choristes qui font partie d’un projet choral et qui doivent préparer seuls leurs partitions.

Si nos auditeurs souhaitent en savoir plus sur vos différents cours, comment peuvent-ils vous contacter ?

Sur mon site www.susannelafont.fr : attention ! susanne à l’allemande avec « s » au milieu ! – pianiste-pédagogue-soprano, vous trouverez dans la rubrique « contact » mes coordonnés ainsi que mon mail. N’hésitez pas à m’appeler pour avoir des renseignements plus précis.

Avant de se quitter, est-ce que vous pouvez nous dire si nos auditeurs pourront vous applaudir sur scène prochainement ?

Je participe fin mai à un concert avec l’ensemble à cordes « Archets pour un espoir » où je chanterai de la musique baroque.

Je prépare également un concert en duo avec une harpiste de Paris. Nous travaillons un programme rarement donné et nous envisageons d’utiliser un instrument d’époque, le clavecin ou le pianoforte –  mais tout est en cours…

Finalement, quels sont vos souhaits et projets pour les mois à venir ?

Ce qui me tient personnellement à cœur est mon travail avec des personnes en situation de handicap et des personnes souffrant de problèmes vocaux.

Pour ces deux activités, j’ai déjà établi quelques contacts avec des orthophonistes, un professeur de chant à Paris qui a des années de pratique, ou des éducateurs pour les autistes, mais j’aimerais bien renforcer ces contacts afin de travailler efficacement et main dans la main. Alors, si vous pouvez vous imaginer de travailler avec moi, n’hésitez pas de m’appeler !